Merci Madame La maire.
Rebonjour à toutes et tous. Bonjour aussi à toutes les personnes cibles d’agressions sexuelles qui nous écoutent. Plus particulièrement celles qui ont été, qui sont, qui seront si les choses ne changent pas victimes de harcèlements sexistes, homophobes, racistes, dans des établissements culturels. Je pense ici puisque c’est la délibération dont il est question aux établissements de Paris Musées et à la situation révoltante dans laquelle se retrouvent depuis des mois, des années nombre de vacataires, c’est-à-dire de salarié.e.s particulièrement précarisé.e.s.
En avril dernier, une enquête de quatre pages, c’est rare, du journal Libération, une enquête assez exemplaire à vrai dire, journalistiquement parlant. S’appuyant sur plus d’une vingtaine de témoignages recueillis, Libération a mis au jour un quotidien où le harcèlement sexuel et moral, les propos homophobes, racistes et misogynes, voire les agressions dans les pires des cas, sont devenus systémiques et concernent au moins six des quatorze musées et sites patrimoniaux que compte Paris Musées.
Cette enquête , egalement reprise dans Telerama, » fait état de cas de misogynie, de sexisme, de racisme, d’homophobie et de harcèlement sexuel» ayant lieu «au quotidien et ce, même face au public» A coups de « Tu es pile à la bonne hauteur, j’ai juste à prendre ta tête et… pouf !» ; «regarde le pare-chocs, elle est pour toi mon gars» ; «celle-là, de dos on dirait un homme, elle n’a pas de formes »
Je n’ai rien découvert dans cette enquête puisque nous suivons avec le groupe écologiste de Paris au plus près ce dossier depuis l’été 2021. Cet été-là, j’ai en effet, à titre d’élue engagée sur ces sujets, parce que, auss,i je suis membre du conseil d’administration de Paris Musées, reçu, comme d’autres membres de l’exécutif parisien ou de Paris Musées l’ont reçu, un courrier d’un collectif de vacataires travaillant au Musée d’Art moderne. J’ai depuis eu plusieurs rendez-vous avec ce collectif. Avant ce courrier, après ce courrier, depuis trop longtemps, ils, et elles, qui sont exemplaires dans leur combat, et ne cherchent pas à cibler des individus en particulier, mais un système, tentent de se faire entendre de la Mairie de Paris ou de Paris Musées. Plus ou moins en vain.
Je les avais incités dès le départ à contacter la presse, car je sais, hélas d’expérience, qu’il n’y a que cela qui fonctionne, la pression extérieure. Ils, et elles ne le souhaitaient alors pas et ont encore tenté pendant de longs mois d’obtenir des réponses en interne. Sans succès. Ce n’est qu’une fois l’article publié en avril que la mairie a saisi l’Inspection Générale de la Ville pour une enquête. Confirmant tristement que seule la pression médiatique fonctionne.
J’ai eu l’occasion d’intervenir au Conseil d’administration de Paris Musées pour dénoncer non pas ces agressions, les vacataires ne le souhaitaient alors pas, mais le trop grand recours fait aux vacataires. On le sait ce sont précisément les situations de domination notamment économique, de rapport de pouvoir asymétrique, qui favorisent les agressions et le harcèlement dans le monde du travail. Ces faits désormais connus publiquement je reinterviendrai bien entendu en Conseil d’Administration de Paris Musées. On m’a reproché, pas très élégamment pendant la réunion de la 2e commission de ne pas m’être exprimée lors du dernier CA de Paris Musées, mais d’une part, les vacataires ne le souhaitaient alors pas, d’autre part, comme je l’avais notifié et m’en étais excusée auprès du CA, j’étais en Ukraine avec une lettre d’encadrement de la ville de paris, et j’en profite pour remercier les conseils et adjoints de la maire pour tout leur soutien.
Pas plus que ne le souhaite le collectif de vacataires avec qui j’en parlais encore il y a deux jours, je ne souhaite ici mettre en cause des responsabilités individuelles. Mais il y a en revanche urgence à écouter, à recevoir ces vacataires, et à agir. Personne ne dit que c’est simple. C’est même un sujet extrêmement complexe et auquel font face les établissements culturels, les musées du monde entier. Il n y a évidemment aucune raison que les établissements liés à la ville de Paris y échappent. En revanche, plus nous attendons, plus ces faits continueront. Et le chantier est immense. Il ne s’agit pas juste de mettre un pansement, mettre à l’écart une personne par ci par là (ceci dit même ce minimum n’est pas fait dans le cas qui nous intéresse ici) mais de révolutionner un système. Celui des rapports de travail au sein des établissements culturels.
Tous les musées du monde font face à ce défi, notamment depuis l’émergence de MeToo.
En avril 2021 comme relayé par le San Diego Union Tribune, des cas similaires se déroulaient Au Musee de l’Art de San Diego aux Etats Unis. Là encore des personnes en situation de travail précaire dans le musée faisaient face au racisme et au sexisme et n’étaient pas entendues.
Le Musee National de Dublin a aussi connu ces situations.
Dès mars 2018 quelques semaines après Metoo le new museum à New York organisait 4 grandes conférences avec tout son personnel et mettait en place une politique spécifique
De Multiples ressources existent comme le texte ‘Ending Sexual Harassment and Sexism in the Museum Workplace. Toujours dans la foulée de Metoo, donc on ne parle pas d’avancées récentes, en mars 2018 un papier intitulé Facing Sexual Harassment and Abuse in the Feminizing Museum propose là encore quelques constats et pistes, il est signé par nikhil trivedi et Aletheia Wittman, qui travaille au Nurke Museum de Seattle et a créé le site The incluseum. Incluseum.com. Qui réfléchit à la façon dont on peut rendre les musées plus inclusifs.
Tout cela pour vous dire que je sais que ce n’est pas simple. Et que mon intervention ne vise pas à entrer en conflit mais à vous supplier une nouvelle fois d’enfin agir. Et d’agir fort. Pas juste avec des réponses individualisées même si elles sont grandement nécessaires mais en lançant au plus vite un immense chantier de rénovation. Pas juste des formations, cela ne suffit absolument pas, mais une réforme structurelle des relations de travail qui régissent les établissements culturels, les musées comme d’autres lieux. Il me semble que c’est particulièrement important pour Paris Musées et la Ville de Paris car nous avons les moyens de cette politique, « on ne parle pas de petites institutions », comme le disait.. Sarah McCrory, la directrice du Centre d’art contemporain ,Goldsmiths, signataire d’une lettre dénonçant les harcèlements sexuels et abusde pouvoir dans le monde de l’art. « Ce sont des institutions largement financées avec des services de ressource humaine dédiés, contrairement à beaucoup de plus petites organisations, comme les galeries ou d’autres espaces artistiques qui n’ont pas de dispositifs pour soutenir leur personnel si un problème se pose. Le monde de l’art est un espace dans lequel il est très compliqué de discuter de manière ouverte et franche des agressions sexuelles, des harcèlements en tous genres. Les personnes en position de pouvoir doivent se montrer plus solidaire de leurs employés ».
Je vous remercie.