Vœu pour un aménagement équilibré et harmonieux de la Porte de Montreuil

déposé par Nathalie MAQUOI, Antoinette GUHL, Jérôme GLEIZES, Emmanuelle RIVIER,  Émile MEUNIER, Corine FAUGERON, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes 

Considérant que :

Le secteur de la Porte de Montreuil est situé sur la ceinture verte parisienne dans le 20ème arrondissement et que malgré sa situation exceptionnelle aux portes de Paris et du territoire d’Est Ensemble ainsi qu’une bonne desserte routière et en transports en commun, cette porte est restée à la marge du développement des territoires limitrophes ; 

En l’état, la porte de Montreuil matérialise une véritable rupture physique avec les communes limitrophes et connaît  d’importants dysfonctionnements dans les usages de l’espace public : difficultés et dangers pour traverser à pied et à vélo, inhospitalité d’un vaste espace ;

Les habitant.e.s côté Paris, comme à Montreuil et à Bagnolet, attendent depuis longtemps une réhabilitation de ce quartier populaire pour améliorer leur cadre de vie, pour relier Paris à Montreuil et Bagnolet de façon sécurisée et apaisée pour les piétons et cyclistes, pour augmenter massivement  la végétalisation et pour animer l’espace public par des activités commerciales et associatives. Ils et elles l’ont dit lors des concertations de 2016 et 2018 ; 

Considérant que ces concertations ont montré leur attachement au marché aux puces, car les puciers font partie intégrante de l’identité populaire du quartier et leur maintien sur les lieux dans un cadre rénové et accueillant apparaît comme une priorité ; 

La Maire de Paris a exprimé sa volonté, dans une conférence de presse du 22 mai 2022 intitulée “de la ceinture grise à la ceinture verte” de faire renaître la ceinture verte qui entourait la Ville au début du 20ème siècle mais qui a progressivement perdu en bénéfice et cohérence écologiques en raison de la création du périphérique et de l’urbanisation progressive de ses abords. La renaturation des derniers espaces fonciers disponibles est une nécessité absolue en raison de l’accélération du réchauffement climatique, et en particulier sur ce secteur très minéral et goudronné, pointé comme un îlot de chaleur par l’APUR. 

Malheureusement, le projet d’aménagement proposé par Nexity ne répond pas aux enjeux identifiés lors des différentes concertations et vient même s’y opposer pour certains points. En effet, il est prévu de construire environ 60 000m2 de bureaux tertiaires en parallèle du périphérique côté Montreuil sur une longueur de 850 mètres, et malgré quelques percées, créant ainsi une véritable muraille entre Paris et la banlieue qui aura pour effet d’accentuer la rupture physique. De plus, la dimension des avenues du professeur André Lemierre et Benoît Frachon ne permet pas d’accueillir de part et d’autre des bâtiments de hauteur importante. Ces bureaux viendraient également accentuer le déséquilibre territorial concentrant une nouvelle fois à Paris des emplois en contradiction avec nos objectifs de solidarité envers les autres villes de la métropole et en particulier celles situées à l’Est. 

Dans ce projet urbain, il est également prévu de construire un immeuble-pont au-dessus du périphérique pour y accueillir un hôtel 4 étoiles alors même que ce type de construction nécessite une infrastructure lourde et contraire aux standards de l’architecture bioclimatique que la ville entend promouvoir dans le nouveau Plan Local d’Urbanisme. Par jugement du 2 juillet 2021, le tribunal administratif a annulé deux projets d’immeuble-pont au-dessus du périphérique pour des raisons impérieuses de santé environnementale et deux autres projets similaires ont été abandonnés volontairement par la ville sur les sites des Porte de Vincennes et Porte d’Aubervilliers. En tout état de cause, cet immeuble-pont ne permet pas de répondre à l’objectif d’une programmation forte le long de la future place pour rendre le secteur attractif pour en faire un lieu de destination et pas seulement un lieu de passage.

Le premier projet, Pranlas-Descours, avait été abandonné en raison du coût de réalisation chiffré à 90 millions d’euros de la dalle de couverture et intégrant la démolition de l’ouvrage existant en béton. Dans une délibération datant de juillet 2015, l’aménagement voté ne concernait que le rond-point, qui pouvait être entrepris sans lien avec la phase 2 du projet, relative à l’actuel projet Nexity. A ce moment, une couverture légère de l’anneau par des panneaux solaires avait été évoquée et privilégiée à la dalle de béton. L’option d’une couverture légère des anneaux du périphérique était encore d’actualité en août 2018, notamment dans le but de “réduire fortement les nuisances sonores du périphérique et remettre cet espace central de la Porte au cœur de l’espace public”. En avril 2019, un avis de la Mission régionale d’autorité environnementale d’Île-de-France sur le projet d’aménagement de la Porte de Montreuil soulignait qu’une étude d’impact mettait en lumière que la forte minéralisation de ce territoire, marqué par de faibles zones d’ombre et de fraîcheur, l’exposait particulièrement au phénomène d’îlot de chaleur urbain.

Dans l’aménagement de l’espace public initial, une dalle en béton devait recouvrir la porte et le rond central de pleine terre, ce qui apparaissait disproportionné dans ses coûts financiers et écologiques. Suite à des ateliers de travail, de premières évolutions positives sont en cours, montrant à quel point ces trois dernières années, l’urbanisme connaît une révolution pour relever le défi d’adapter les villes au dérèglement climatique et ainsi changer ses façons d’envisager les aménagements urbains encore en vigueur il y a seulement cinq ans.

De même, ce projet prévoyait l’abattage de 200 arbres adultes – 75 ayant déjà été abattus – dont les bénéfices écologiques inestimables ne pourront être compensés avant de très nombreuses années par les nouvelles plantations. Là aussi, les habitudes ont été radicalement transformées en quelques années, les aménageurs et urbanistes prenant de plus en plus en compte l’existant et reviennent sur la logique de compensation pour préserver ces climatiseurs naturels.

Mais le projet tel qu’il est manque d’ambition dans le traitement végétal et paysager compte tenu de l’accélération et de l’intensité du réchauffement climatique et surtout ne permet en aucun cas de faire renaître la ceinture verte sur ce secteur. 

La proposition de reloger les puciers dans un nouvel immeuble qui s’apparente davantage à une galerie commerciale qu’à un marché aux puces accueillant, mettant fin ainsi à une part essentielle de l’identité du quartier et mettant en danger leurs activités, va à l’encontre de la volonté de préserver le marché aux puces, pourtant clairement exprimée à de nombreuses reprises dans la concertation.

Par conséquent, il convient de constater que le projet de Nexity ne peut prospérer en l’état et que la Ville, en responsabilité, doit le remettre à plat sans délai pour ne plus faire perdre de temps supplémentaire à l’aménagement indispensable de la Porte de Montreuil. L’important investissement de 100 millions d’euros qu’elle prévoit de flécher sur la Porte de Montreuil mérite un projet urbain à la hauteur des enjeux. 

Sur proposition de Nathalie MAQUOI, Antoinette GUHL, Jérôme GLEIZES, Emmanuelle RIVIER, Émile MEUNIER, Corine FAUGERON, Fatoumata KONÉ et les élu.es du Groupe Les Écologistes, le Conseil de Paris émet le voeu que la Ville de Paris :

  • remette à plat le projet Nexity ;
  • lance sans délai un nouveau projet d’aménagement répondant aux objectifs fixés qui se traduisent notamment par :
    • un recouvrement léger de la Porte préservant la partie de pleine terre du terre-plein central et permettant la circulation apaisée des piétons et des cyclistes ;
    • la création de trois bâtiments bas au nord de la place, sur la structure existante, afin d’y installer une nouvelle recyclerie et des activités commerciales, de restauration et associatives qui dynamisent et structurent l’espace publique de la place en journée comme en soirée, et d’y créer une rue-lien entre Paris et Montreuil
    • la préservation des arbres, l’augmentation significative de la pleine terre ainsi que la création d’un nouveau square et d’une véritable coulée verte assurant la liaison entre le sud de la future place et la porte de Vincennes via les talus bordant l’avenue Benoît Frachon et le square de la Paris ;
    • l’abandon de l’ensemble des immeubles de bureaux situés à l’est, côté Montreuil ;
    • le maintien des puces sur leur lieu actuel en conservant l’ambiance de plein air tout en améliorant leur installation par la mise en place d’une couverture légère, de toilettes et de lieux de restauration, ainsi que par l’accueil d’activités pour les jours sans marché.

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