Vœu relatif à la destruction par LVMH de l’espace vert situé dans les locaux parisiens de l’école Polytechnique

Déposé par Émile MEUNIER , Corine FAUGERON, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes

Considérant le projet de construction d’un centre de conférence international au sein d’un ensemble de bâtiments historiques appartenant à l’école Polytechnique dans le 5ème arrondissement ;

Considérant que la construction du centre nécessite la destruction d’un espace vert de pleine de terre de 500m2 et de plusieurs arbres adultes, ainsi que le creusement en sous-sol d’un auditorium de 500 places (alors même qu’il existe un auditorium dans les bâtiments du ministère adjacent) ; 

Considérant que l’espace vert en question était protégé par le Plan Local d’Urbanisme ; 

Considérant que, l’opération projetée n’étant pas compatible avec le PLU, celui-ci a été modifié par arrêté préfectoral du 2 juillet 2019 suivant une procédure dérogatoire et simplifiée dont seuls peuvent bénéficier l’Etat, les collectivités ainsi que leurs établissements publics et groupements, ce qui est le cas de l’école Polytechnique, établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel ; 

Considérant que dans le cadre de cette procédure le Conseil de Paris avait deux mois suivant la réception des conclusions de l’enquête publique le 12 avril 2019 pour se prononcer par un vote ; 

Considérant que que la Ville de Paris a indiqué par courrier du 21 mai 2019 à l’École Polytechnique qu’il ne serait pas possible au Conseil de Paris de se prononcer dans les délais impartis sur la mise en compatibilité du PLU de Paris avec le projet ;

Considérant que le permis de construire délivré par le préfet le 2 août 2019 à l’Ecole Polytechnique a ensuite été transféré à la société LVMH le 5 septembre 2019 ;

Considérant pourtant que nulle part dans les conclusions de l’enquête publique ou de l’instruction, il n’a été mentionné à la ville de Paris ou aux habitant.e.s que le destinataire final du permis de construire était la société commerciale LVMH ; 

Considérant qu’il est pour le moins juridiquement surprenant que LVMH, société commerciale, ait pu bénéficier de la procédure dérogatoire et simplifiée mentionnée plus haut, qui est réservée à l’Etat, aux collectivités ainsi que leurs établissements publics et groupements ; 

Considérant qu’un financement d’une telle ampleur, environ 30 millions d’euros, dans un lieu aussi prestigieux et symbolique, ne saurait être vu comme un acte parfaitement désintéressé, mais qu’il doit au contraire être décrypté comme la volonté de tisser des liens bien particuliers entre une  multinationale et un des principaux lieux de formation des futurs cadres de l’Etat ; 

Considérant que les étudiant.e.s de Polytechnique se sont également mobilisés contre le projet d’implantation d’un centre de recherche de LVMH dans leur campus de Saclay (91) ; 

Considérant en outre la dénonciation par les étudiant.e.s de Polytechnique de l’impact écologique de l’industrie du luxe ;

Considérant que cette dénonciation est d’autant plus compréhensible que l’objectif de cette école d’exception devrait être tourné bien davantage vers la formation d’ingénieurs aptes à trouver des solutions pour faire face à la crise climatique et à l’effondrement de la biodiversité plutôt que pour aider l’industrie du luxe à permettre au 1% le plus riche de la population de continuer à consommer toujours plus ; 

Considérant par ailleurs qu’un article du Monde du 6 septembre 2022 semble établir un lien entre l’opération parisienne et l’implantation de LVMH sur le campus de Saclay, écrivant ainsi : “l’école ne semble pas en position de force pour négocier avec LVMH. En ce moment, la multinationale a accepté de financer la rénovation à grands frais – 30 millions d’euros – du bâtiment parisien de Polytechnique, l’ancien siège de l’association des anciens, sur la montagne Sainte-Geneviève, sur le site du ministère de l’enseignement supérieur (5e arrondissement). L’ensemble sera transformé en centre de conférences. Un cadeau qui ne se refuse pas.”

Considérant la volonté affichée par la Ville d’augmenter la surface d’espaces verts, d’emprises libres et la surface de pleine terre ainsi que de protéger les arbres tant sur les emprises publiques que privées, telle qu’elle ressort notamment du Plan Climat, des orientations du futur Plan Local d’Urbanisme Bioclimatique, du Plan Paris Pluie et de la Charte des arbres ; 

Considérant qu’il appartient à l’Etat et non aux sociétés commerciales de participer au financement de la préservation ou de la rénovation  des bâtiments publics appartenant à ses institutions.

Sur proposition d’Émile MEUNIER, de Corine FAUGERON, de Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes, le Conseil de Paris émet le voeu que :

  • qu’un audit juridique soit diligenté afin de s’assurer la légalité de la modification du PLU au profit de LVMH accordée par la Préfecture ;
  • que dans cette attente, la Maire de Paris prenne préventivement un arrêté d’interruption des travaux ;
  • qu’en tout état de cause, la Ville demande à LVMH de revoir son projet afin de préserver l’espace vert et ses arbres ;
  • que la Ville apporte son soutien symbolique aux étudiant.e.s de Polytechnique dans leur opposition à l’implantation de LVMH sur le plateau de Saclay.

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