Déposé par Frédéric BADINA-SERPETTE, Nour DURAND-RAUCHER, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes.
Considérant que face à la surproduction mondiale de vêtements et à l’essoufflement des dispositifs de collecte, la filière textile française traverse une crise structurelle depuis de nombreuses années et une crise de la filière “Responsabilité Élargie du Producteur” depuis plusieurs mois ;
Considérant que l’industrie du textile est l’une des plus polluantes au monde, en raison de sa consommation massive de la ressource en eau, en énergie et matières dérivées d’hydrocarbures, du transport international nécessaire des marchandises et de ses importantes émissions de gaz à effet de serre ;
Considérant que la surproduction, alimentée par une économie mondialisée déconnectée des limites planétaires, conduit à l’incinération massive de millions de tonnes de textile chaque année et de création de méga-décharges à ciel ouvert, faute de filières de valorisation suffisantes ;
Considérant que l’annonce de l’enseigne Shein au BHV, en cette rentrée, illustre l’aberration d’un modèle économique fondé sur la fast fashion, incompatible avec les engagements de la Ville de Paris en matière de sobriété et de réduction des déchets et qu’une pétition engagée récemment par le collectif “Une Autre Mode est Possible” a réuni plus de 110 000 signataires ;
Considérant, malgré le soutien de la Ville de Paris, la visibilité insuffisante des solutions alternatives à la surconsommation de vêtements et des initiatives montrant les modèles durables et circulaires, comme celles qui se développent au sein de la Manufacture Berlier, dans le 13e arrondissement ou encore la Maison des Autres Modes dans le 11e arrondissement, face aux campagnes marketing de grandes chaînes de distribution textile;
Considérant l’impérieuse nécessité de soutenir et promouvoir les artisan.es et entreprises de l’économie sociale et solidaire de nos quartiers investi.es sur les métiers du textile, qui travaillent sur la circularité de la matière ;
Considérant la réduction de plus de 54% du budget national dédié à l’économie sociale et solidaire (ESS) pour 2026 soit un budget de seulement 12 millions d’euros, déjà réduit en 2025, menaçant de nombreux emplois dans un secteur pourtant central à la transition écologique et à la relocalisation des activités à l’échelle territoriale, l’ESS représentant 14% de l’emploi en France, malgré le soutien croissant de la Ville de Paris et l’accompagnement constant de la Direction de l’Attractivité et de l’Emploi aux structures de l’ESS parisiennes ;
Considérant que la loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (AGEC) confie aux éco-organismes la responsabilité d’organiser, de financer et de promouvoir la collecte, le tri, la réparation et le réemploi des textiles, et qu’ils doivent aujourd’hui intensifier leurs actions de communication pour mobiliser les habitant.e.s sur la réparation et la prolongation de la durée de vie des vêtements ;
Considérant que l’effet rebond lié aux plateformes de revente en ligne continue d’encourager une forme de surconsommation maquillée, qui ne réduit pas le volume global de production textile ;
Considérant que des ressourceries parisiennes sont fragilisées par cette crise de la filière de réemploi du textile ce qui pourrait priver à moyen terme les habitant.e.s de solutions concrètes pour réduire leurs déchets textiles ;
Considérant qu’en raison de nombreux actes de vandalisme constant et de dépôts sauvages, les opérateurs de collecte mandatés par la Ville de Paris rencontrent des difficultés croissantes d’entretien des conteneurs textiles situées sur la voie publique, ce qui compromet fortement la qualité du service rendu aux Parisien-ne-s ;
Considérant que, faute de moyens suffisants et de soutien adapté à la filière, les mairies d’arrondissement se voient contraintes de retirer progressivement les conteneurs textiles les plus problématiques, réduisant ainsi l’accès des habitant.e.s à un service public de tri pourtant essentiel ;
Considérant que les collectes sauvages de vêtements dans les immeubles par des associations se présentant comme engagées pour l’environnement , alimentent la confusion chez les Parisien.nes qui ne savent plus s’ils.elles doivent faire confiance aux différentes collectes proposées ;
Considérant que les équipes de la Direction de la Propreté et de l’Eau de Paris sont contraintes de ramasser chaque jour d’importantes quantités de vêtements abandonnés autour des bornes textiles, qui finissent mélangés aux ordures ménagères et incinérés massivement, illustrant le dysfonctionnement d’une filière encore trop fragile ;
Sur proposition de Frédéric BADINA-SERPETTE, Nour DURAND-RAUCHER, Fatoumata KONÉ et les élu·es du groupe Les Écologistes, le Conseil de Paris émet le vœu que la Ville de Paris :
- enjoigne fermement les éco-organismes :
- à renforcer leur soutien moral, financier et logistique à la filière textile, en accompagnant les acteurs locaux du réemploi, de la réparation et de la collecte, ainsi que les artisan.es et designers de la mode responsable et circulaire et les acteurs de la formation pour préparer les professionnels de demain à s’engager pour une mode plus circulaire ;
- à intensifier la communication et l’information du public sur les dispositifs d’aide à la réparation, et à la prolongation de la durée de vie des vêtements ;
- à sortir d’une logique de marché favorisant l’incinération du textile non exporté à l’étranger.
- Interpelle l’État afin qu’il défende et renforce les financements dédiés à l’économie sociale et solidaire dans le but de préserver les emplois locaux, soutenir les modèles économiques aujourd’hui fragilisés, les structures de proximité, les artisan.e.s et designers de mode circulaire ainsi que la vitalité des ressourceries parisiennes et de tous les acteurs de la filière.
- Plaide auprès de l’État en faveur d’un renforcement de la lutte judiciaire contre les dérives liées au marché parallèle (collectes en bas d’immeuble, vandalisme des bornes…)
- Poursuive ses actions en faveur du développement d’une économie textile locale, circulaire et résiliente fondée sur la sobriété, le réemploi et la relocalisation des savoir-faire, ainsi que les actions de sensibilisation et de formation auprès des plus jeunes pour les engager vers une mode circulaire, tout en s’opposant à la banalisation des modèles de fast fashion incompatibles avec les objectifs climatiques.