Courrier à Madame la Maire relatif à la 5G

Courrier
Source de la photo : Unsplash - Alvaro Serrano

Madame la Maire, 

Nous avons quitté un monde d’abondance pour entrer dans un monde de rareté. Dorénavant, chaque kilo de matières premières prélevé sur notre planète, chaque kilo de carbone rejeté dans notre atmosphère, doit l’être à bon escient. Nos décisions publiques doivent donc viser à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre, à tous les échelons. 

A Paris, où fut signé l’Accord historique pour le climat en 2015, nous en avons pleinement conscience. C’est pourquoi notre majorité a décidé d’agir en votant à l’unanimité la délibération 2017 DEVE 170 relative au nouveau Plan Climat en 2017. Celui-ci doit nous permettre de baisser nos émissions de gaz à effet de serre de 50% d’ici 2030 puis d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Ce Plan Climat nous engage moralement, politiquement et juridiquement.

Or, à rebours de nos objectifs, le déploiement de la 5G va “augmenter significativement” nos émissions de gaz à effet de serre, comme le démontre un rapport récent du Haut Conseil pour le Climat (HCC).

Selon les calculs du HCC, et contrairement à ce que répètent en boucle les opérateurs téléphoniques et le gouvernement, la 5G ajouterait entre 2,7 et 6,7 millions de tonnes d’équivalent CO2 d’ici 2030 dans l’atmosphère, rien qu’en France. Pour se rendre compte de l’importance de l’impact, ces chiffres sont à mettre en rapport avec l’empreinte carbone actuelle du numérique, qui est de 15 millions de tonnes et correspond peu ou prou à l’empreinte du secteur aérien. 

Ce rapport vient corroborer de nombreuses sources, provenant parfois des opérateurs eux-mêmes. Il y a peu encore, 1 000 salariés d’Orange remettaient en cause le déploiement de la 5G dans un mémorandum interne de 24 pages, intitulé “Without 5G: Orange in The Future World”, dans lequel sont dénoncés pêle-mêle “les dommages environnementaux” et le fait que les grands gagnants de la 5G seront les “fabricants de smartphone, les plateformes tels que WhatsApp et YouTube.” 

Si jusqu’alors la question qui nous était posée était de savoir si nous pouvions laisser se déployer la 5G en dépit du doute relatif à son impact carbone, avec le rapport du HCC celle-ci change de nature. La question qui se pose désormais est la suivante : est-ce que nous voulons la 5G alors même qu’il est démontré qu’elle vient heurter nos engagements climatiques ? 

Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que nous sommes bien en peine d’identifier les besoins impératifs des Parisien.ne.s et des entreprises auxquels la 5G permettra de pourvoir (par exemple, la télémédecine ou le télétravail fonctionnent déjà grâce à la fibre).

Certes, nous devons condamner fermement la manière dont les lobbies puissants ont tenté de faire croire aux Français.e.s, et ce pour des raisons exclusivement mercantiles, que cette innovation technologique est un progrès humain et qu’elle leur était indispensable.

Certes, nous devons aussi condamner la manière dont le gouvernement s’est aligné sans discuter sur ces lobbies en déployant la 5G à marche forcée en l’absence d’étude d’impact sanitaire et environnemental (plusieurs études sont encore en cours dont celle de l’ANSES et ADEME), ce qui n’a pas manqué de mettre les villes et les collectivités devant un fait accompli inacceptable et en porte-à-faux vis à vis des inquiétudes légitimes des citoyen.ne.s. 

Cependant, ces condamnations ne sauraient pour autant vous délier des responsabilités qui vous incombent comme Maire de Paris.

En effet, il appartient aux villes de permettre ou non le déploiement des antennes sur leur territoire, en particulier sur les équipements publics, les mobiliers urbains et sur le toit des immeubles de logements sociaux.

Il appartient aux villes, au premier rang desquelles la capitale, de prendre toutes les mesures utiles pour respecter la trajectoire de diminution de notre empreinte carbone. Les objectifs de l’Accord de Paris ont force de loi, comme l’a rappelé le Conseil d’Etat dans un arrêt historique du 19 novembre dernier, où Paris est justement partie prenante, vous donnant ainsi une base juridique pour agir.

Aussi vous appartient-il, Madame la Maire, de suspendre le déploiement de la 5G, le temps de quantifier son impact carbone pour Paris, à l’instar de ce que la HCC a fait pour la France et d’établir une évaluation précise des éventuels besoins éprouvés sur le territoire parisien auxquels la 5G pourrait véritablement répondre.

Ce travail de quantification doit être mené avant la révision de la charte parisienne de la téléphonie et le déploiement effectif de la 5G.

C’est du reste ce qu’a préconisé la Conférence citoyenne métropolitaine que vous avez réunie sur ce sujet et qui nous engage à la suite d’un vœu de l’exécutif voté au Conseil de Paris de décembre 2020 : “Réaliser une étude d’impact environnemental par un bureau d’étude indépendant afin de définir précisément les impacts et les bénéfices de la 5G avant son déploiement.

En effet, c’est seulement sur la base de ces résultats, que nous pourrons décider collectivement, si la 5G constitue ou non une opportunité pour les Parisien.ne.s et, le cas échéant, des mesures à mettre en œuvre pour corriger, éviter ou compenser les émissions de gaz à effet de serre supplémentaires induites par la 5G. Ceci, afin de respecter nos objectifs de diminution carbone qui nous engagent doublement, par l’Accord de Paris et par notre délibération sur le Plan Climat. Il pourra s’agir de mesures mises à la charge des opérateurs qui seront intégrées dans la révision de la charte parisienne de la téléphonie. Il pourra s’agir aussi de mesures à notre charge car nous devrons diminuer d’autant les émissions sur d’autres secteurs de notre économie couverts par le Plan Climat pour respecter l’équilibre de notre trajectoire carbone. Enfin, si ces solutions ne s’avèrent pas possibles ou suffisantes, nous devrons peut-être conclure à l’impossibilité de laisser se déployer la 5G sur notre territoire. 

Par conséquent, si la 5G était déployée à Paris “avant la fin février 2021” comme l’a annoncé, de façon très surprenante, le fondateur de Free, Xavier Niel, nous aurions perdu notre rapport de force avec les opérateurs pour espérer imposer les mesures qui en découleront. 

Madame la Maire, les Parisien.ne.s ne comprendraient pas, sauf à entériner notre impuissance, que notre majorité de gauche et écologiste, prétende lutter contre le réchauffement climatique, mais qu’à la première épreuve venue elle abdique face aux intérêts financiers.

Nous devons montrer que la politique a encore le pouvoir d’agir sur nos vies, que c’est aux citoyen.ne.s et à leurs représentant.e.s – et non aux multinationales – de définir ce qu’est le progrès et que, pour notre part, nous croyons que dans le monde de rareté dans lequel nous vivons dorénavant, nul progrès n’est possible sans préservation de la planète et de son climat. 

Nous vous remercions pour l’attention que vous pourrez porter à cette demande et vous prions d’agréer, Madame la Maire, l’expression de notre considération distinguée.

Fatoumata Koné, Présidente du Groupe Écologiste de Paris

Emile Meunier, Conseiller de Paris au Groupe Écologiste de Paris

Les élu.e.s du Groupe Écologiste de Paris

Groupe écologiste de Paris - GEP

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